Petite frustration matinale

Pourquoi est-ce que les bios de chanteurs d’opéra et de musiciens « classiques » ne sont qu’un étalage soporifique de TOUS leurs rôles joués en carrière, agrémentés du nom de l’organisation et du chef, alors que ce qui nous (m’) intéresse, c’est surtout de savoir en quoi cet artiste est bon ou meilleur qu’un autre, qu’est-ce qui le différencie des autres, quelles sont ses forces et ses faiblesses, ses rôles de prédilection, ses désirs de grandeur…

Une bio d’artiste lyrique/de musicien « classique », c’est juste un ramassis ben plate de point form de cv qui s’est mis chic pour fitter dans un programme de concert.

Solution : engagez donc un rédacteur! Pour une couple de pinottes, vous allez vous ramasser avec un texte qui kicke des culs. Garanti.

Le bus

Je ne me rappelle plus d’où j’arrive. Sûrement une soirée pas prévue, du genre un verre en ville après le boulot. Je suis au métro Papineau. J’attends le bus 34. Pour rentrer chez moi. Il doit être autour de 22 h. Le bus part à 22 h 05. Le bus est déjà là.

Porte avant grande ouverte. Lumières allumées à l’intérieur. Mais personne ne monte. Quand le chauffeur a immobilisé son véhicule pour laisser descendre les passagers en fin de parcours, il semble qu’il aurait demandé à ceux qui attendaient le prochain départ de rester à l’extérieur. De ne pas monter. De patienter jusqu’à ce qu’il revienne. Il paraît, en tout cas.

Parce que, vous voyez, on sait pas trop à qui il aurait dit ça, qui l’aurait entendu, ni qui l’aurait répété. Mais le résultat reste le même : personne ne monte. Tout le monde attend sagement en file. Et la file s’allonge.

Et il se tient tout une conversation, dans les premiers rangs. Sur le pourquoi de la chose. On est en train de monter un beau procès au chauffeur. De toute beauté, même, je dirais.

Madame française, courte et trapue, aux sourcils proéminents :

— C’est comme un poulailler, ‘savez. Tu fais mal ton travail si tu laisses la porte ouverte et tu crois qu’en demandant aux poules de pas sortir elles t’écouteront.

Une mama, approuvant de la tête :

— Non mais, s’il pense qu’on va rester là comme des cons.

La file s’allonge. Le procès bat son plein. La madame française sort toutes sortes d’aphorismes et de proverbes ridicules.

— La domination mâle… C’est ça, dans le fond. Il veut nous prouver qui est le plus fort. Il veut tous nous voir rentrer à la queue comme du bétail. Dans le fond, ça l’excite, tout ça. C’est une question de pouvoir, de domination.

Dans la file, ça jase de plus en plus, ça questionne son voisin, ça s’indigne. Et l’autre de continuer :

— On ne devrait pas se laisser faire. On devrait tous entrer et se foutre de son ordre. Moi, en tout cas, je vais lui dire ma façon de penser quand il arrivera. Mais qu’est-ce que c’est que cette façon de traiter les gens.

Mama réplique :

— Oui, mais après, il va sûrement tous nos faire ressortir. Et on aura l’air con…

Moi, pendant ce temps-là, je me fais des scénarios de film d’action : Speed, version 2011. Le dilemme : le bus, une fois arrêté, explosera si on y monte. C’est un truc avec le poids ou un truc thermique, genre. Le chauffeur se serait fait dire par un terroriste qu’une fois qu’il aurait immobilisé le bus à Papineau, il ne doit permettre à personne d’y monter. Sinon, BOOM. Il doit laisser la porte ouverte et les lumières allumées. Pour tenter les gens. Les confondre. Voir s’ils écouteront les directives du chauffeur ou pas. Mais il interdit au chauffeur de dire quoi que ce soit aux passagers qui attendent. Il doit rentrer au poste et accéder d’abord à ses demandes, qui sont obscures (désolée, je ne me suis pas rendue là dans mes élucubrations scénaristiques)…

Le procès s’emballe :

— Mais c’est ridicule ! Ils sont sûrement tous là à l’intérieur, les autres chauffeurs, à se foutre de notre gueule et à attendre qu’un de nous monte et que les autres finissent par suivre comme des moutons… Ce qu’ils doivent se marrer. Là, c’est sûr ; je ne monte pas. On a l’air d’une bande d’imbéciles. Ils doivent tellement rire de nous là-bas. Si ça se trouve, quand il sortira, il dira qu’il ne nous a jamais demandé de rester à l’extérieur !

Une jeune femme, les bras chargés de ses sacs d’épicerie, quitte l’extrémité de la file et vient s’enquérir de l’état de la situation auprès du petit attroupement qui s’est formé près de la madame française. On lui explique la chose, elle se manifeste mollement :

— Vous savez, quand la porte est ouverte et que les lumières sont allumées, d’habitude, c’est signe qu’on peut monter…

Quelqu’un, ignorant son intervention, réplique :

— Mais on va lui dire, nous, ce qu’on pense de ses ordres ! Ça n’a pas de bon sens ! Traiter du monde de même…!

Le chauffeur arrive. Quinte de toux. Éclaircissements de gorge. Évidemment, il réfute le tout.

— Euh… Non, je n’ai rien dit de tel… Allez, on monte, qu’est-ce que vous attendez ?

On monte en silence. Moi, je ris intérieurement. Et je pense au terroriste. Je trouve que le chauffeur est un fichu bon comédien, de faire comme si de rien n’était.

Maintenant, dans le bus, on entend les chuchotements d’un nouveau procès : c’est qui le tata qui a inventé ça ?

— Ça doit être quelqu’un qui nous a joué un bien vilain tour. Non mais. Ça se fait pas, ces choses-là. Quelqu’un se cherchait sûrement une manière de rigoler. Eh ben, c’est pas drôle. Du tout.

En chemin vers chez nous, je ne peux m’empêcher de me demander : est-ce que le chauffeur s’est foutu de nous ? Est-ce que la madame française est l’instigatrice de toute cette mascarade ? Est-ce un simple malentendu ? Ou bien est-ce que le bus aurait fait BOOM si on était montés ?

Montréal, mardi 1er novembre 2011

Red Hot and Blue Rockabilly Week-End – Soirée du vendredi 2 septembre au Lion d’Or

Je ne vous le cacherai pas : vendredi dernier, 2 septembre, je me pointais au Lion d’Or exprès pour Bloodshot Bill. Même s’il allait troquer son habituel one man band pour la formule avec band. Même si (j’ai vu ça sur le tard) ils allaient passer en dernier (00 h 15 au programme, 1 h 20 dans la réalité). Même si je suis arrivée beaucoup trop tôt. Même si je risquais de faire cloche dans cette soirée qui n’avait probablement rien à envier aux années 50.

Arrivée à 20 h 15, donc. Accueillie par les kiosques de stock vintage au goût du jour. Transportée dans cet univers qui m’intrigue et m’allume. Au beau milieu des nanas en robe du soir, le chignon crêpé, les faux cils ben collés et le rouge omniprésent sur toutes les bouches (la mienne n’y faisait pas exception ; fallait quand même que j’essaie de passer inaperçue!) ; au beau milieu itou des mecs tous tatouages dehors, coiffures banane, bretelles et grease à l’appui. Dehors, deux grosses bagnoles, dont une immatriculée Expo 67.

À l’entrée de la salle, on m’accueille avec le shooter du moment : rose orangé avec du Sailor Jerry, du rhum et je-sais-pas-quoi qui était ben bon. À l’intérieur, il n’y a pas grand-monde ; je l’ai dit, il est beaucoup trop tôt. Ô joie, cependant : je me déniche une table sur le mini-balcon, histoire d’avoir une vue plongeante sur l’ensemble de la salle – et de la soirée.

Ladite salle se remplit un peu trop tranquillement à mon goût de personnages tout droits sortis de l’époque Elvis, l’ambiance musicale est parfaite (DJ Rockin Dave Faris) et le premier band, The Shakedown Combo, originaire de la Nouvelle-Écosse, fait son entrée en scène. Pendant une bonne heure, il réchauffe l’atmosphère tant bien que mal de son rockabilly original. Mais pas assez pour que la foule, maintenant amassée en fer à cheval pour laisser place à une piste de danse, prenne d’assaut le plancher. Il y eut bien un couple ou deux pour briser la glace, quelques timides qui s’y sont laissés aller, sans plus.

C’est à la première pause, au retour du DJ que les jambes semblent se réveiller pour entraîner leurs propriétaires à lâcher leur fou. Et, comment dire, c’est magnifique, d’une énergie étonnante. Essoufflée d’une vingtaine de minutes à danser, la foule est fin prête pour le 2e quart avec le trio hillbilly Sit and Die Go, band new-yorkais tout de blanc vêtu, canotiers en équilibre sur la tête et bouilles sympathiques, fines moustaches en sus. Une belle bande joviale, quoi. Et ça virevolte en bas, attention mesdames, les jupes tourbillonnent, ça s’échange de partenaire, ça danse entre filles, la bonne humeur règne et le plaisir croît avec l’usage.

Le DJ reprend son tour à la 2e pause, et les danseurs, trop contents de se défouler, maintenant qu’ils ont descendu une couple de verres, noircissent la piste de danse et s’en donnent à coeur joie. Dehors, c’est tout un monde que le Lion d’Or expulse, disparate, éparpillé mais animé de cette même passion pour cette si belle époque, ça jase en anglais, ça jase de chars, de Thunderbirds, ça troque les talons aiguilles pour les Converse, ça sort les fume-cigarettes, ça se repoudre le nez.

Pour le 3e band, la foule se fait admirative, captive, attentive, fascinée : une légende du rockabilly, le Texan Huelyn Duvall, monte sur scène avec les Montréalais Howlin’ Hound Dogs. Sous moi, c’est une forêt de cellulaires anachroniques qui croquent sur le vif le vétéran et ses nouveaux potes locaux. Une autre belle heure s’ensuivra, à aligner pas de danse, jupes qui se font la belle et ambiance de joie communicative – et universelle. Quant à moi, j’en veux plus, la musique n’est pas assez forte, elle n’emplit pas assez tous les recoins du Lion d’Or ni l’espace entre mes deux oreilles. Je n’ai jamais autant frétillé sur une chaise que ce soir-là, me reste plus qu’à apprendre à danser, ouf.

Dernier entracte, le set-up de Bloodshot Bill laisse entrevoir un personnage étonnament propret : chemise de soie vert pomme, pantalon noir à pli, chaussures vernies… Le roi du rockabilly montréalais aurait-il été kidnappé par des extraterrestres? L’attente est longue.

Au moment de son entrée en scène, la foule est clairsemée. Les moins épuisés demeurent, les battants de la dernière heure l’attendent, au faîte de cette soirée plus que satisfaisante et pour le moins haletante. Il s’amène, changé, vêtu d’une horrible demise orange et noire, le toupet en cavale. Certains, comme moi, n’attendaient que lui pour danser, pour se trémousser à qui mieux-mieux dans cette atmosphère si particulière recréée à l’occassion du Red Hot and Blue Rockabilly Week-End.

Et…

Bloodshot Bill et les Hand-Cuffs offrent une performance honnête. Beaucoup moins mordante que lorsqu’on peut le voir lui, tout seul, en feu sur scène, dans son numéro qui coupe le souffle. Comme si le fait d’être accompagné enlevait un peu de la magie du personnage, de la dorure de son blason, quand tous les yeux ne sont rivés que sur lui, performeur invétéré.

Après une bonne heure de ses succès scandés à tue-tête par les quelques fêtards toujours en poste, tout ce beau monde s’évanouit dans la ville. À peine quelques heures, et ç’en était fini de cette belle époque réinventée, dont la seule trace demeurent les vestiges de clopes teintées de rouge devant la porte d’entrée.

 

(Article paru sur 33mag.com)

Cabaret – Les 7 doigts de la main

Je cours comme une folle pour arriver à l’heure. Y parviendrai-je ? Oui, parce que cette foutue belle journée se terminera – je le veux, je l’espère – sur une magnifique soirée. Cap sur L’Olympia, donc, pour mon baptême des 7 doigts de la main et de cette 2e mouture de Montréal complètement cirque, ce nouveau festival circassien né l’été dernier dans notre Ville des festivals.

Tout ce que j’ai d’expérience de cirque se limite à ce que j’en ai entendu dire et à Totem, du Cirque du Soleil, auquel j’ai assisté l’an dernier. Le cabaret, par exemple, je m’y connais peut-être un peu plus, mais encore. C’est pas mon expérience du jazz, de la danse, mon faible pour les années folles ni les quelques music-halls que j’ai pu voir ici et ailleurs qui feront de moi une experte… Cela dit, je me rends donc dans le tout rose Village le cœur léger mais rempli d’attentes, parce que j’ai envie d’en avoir plein la vue… et les oreilles itou.

Parce que, vous savez, on nous présente ça comme un spectacle inspiré des cabarets. Une soirée qui allie cirque, jazz, comédie, tralalère.

Le rideau s’ouvre sur un procédé surutilisé, la mise en abyme par excellence : sur la scène, on est en train de monter un show. Avec un metteur en scène absolument détestable. Eh ben. À part ça, quoi de neuf, docteur ? Ah : ma serveuse a toutes les misères du monde à tenir son cabaret lorsqu’elle vient me porter ma bière – et que dire de sa technique pour la verser. Passons.

Les numéros s’enchaînent, ponctués ici et là de saynètes avec le metteur en scène désagréable, le spectateur moyen s’esclaffe des piètres gags et le reste de la salle regarde un peu dans le vague, mal à l’aise. Les artistes de cirque se donnent, la chanteuse capte l’attention, surprend, même, lorsqu’elle entreprend son premier morceau, le metteur en scène tape de plus en plus sur les nerfs et on voit venir l’issue de chacune de ses interventions à 100 miles à l’heure (je baille, mon voisin ne se peut plus de rire et je me demande bien pourquoi et la serveuse de la section d’à côté tâte le sol du pied pendant un bon 15 secondes pour pas manquer la marche et faire des pirouettes dans le public). J’ai l’impression d’assister à un enregistrement de (mauvaise) télésérie avec des rires en can. Mon malaise s’accroît, malgré que j’avoue être impressionnée par les prouesses aériennes des acrobates. L’ensemble de cette première partie laisse sur un goût de déjà vu, de facilité, et le metteur en scène exécrable, découragé, nous promet un vrai bon spectacle après l’entracte. Fiou.

Le rideau s’ouvre une 2e fois, on nous fait l’éloge de Montréal et on a droit à une succession de performances circassiennes pour le moins excitantes, de celles qui vous font retenir votre souffle, écarquiller les yeux, grimacer de peur qu’un artiste se pète la gueule en plein vol… Le tout jalonné par un choix musical des plus intéressant (de Misteur Valaire et Catherine Major en passant par Édith Piaf, un remix du Pouding à l’arsenic et Loco Locass). On nous fait la roue Cyr, de la jonglerie, du main à main, du cerceau aérien, du cerceau chinois, de la planche sautoir et toutes sortes d’acrobaties gymniques. Faut pas s’en faire, on a aussi eu droit aux numéros de voltige avec tissus, à la barre russe, au trapèze et à quelques numéros pseudocomiques en première partie, tout de même (voyez comme j’ai fouiné un peu, j’ai presque l’air d’être une connaisseuse en matière de cirque, maintenant).

Somme toute, à y regarder avec un peu de recul, ça n’était pas mauvais. C’était même divertissant, et c’est pour ça que j’y étais : être divertie en ce beau mercredi soir d’été. Peut-être un peu maladroit en ce qui a trait aux tentatives de théâtralisation… On aurait voulu plus de cirque encore, moins d’efforts de mise en scène, plus de jazz (vraiment, la chanteuse – Cyrille-Aimée –, je veux son album)… et une serveuse qui aurait su porter son cabaret comme il faut. Me semble.

du 12 au 16 et du 19 au 23 juillet, 20 h @ L’Olympia
45 $ ou 31, 50 $
2 h avec entracte
12 ans et +

(Article paru sur 33mag.com)

Et 1, 2, 3, 4!

Continental XL dans le cadre du FTA
Samedi 28 mai, place des Festivals, peu avant 22 h

Première activité estivale pour moi sur la place des Festivals. Je suis venue seule, avec ma couverte à pique-nique, mon carnet et mes yeux. Il est un peu moins de 22 h, et les gens se dirigent tranquillement vers le lieu dit. Ils affluent, mais comme avec une certaine retenue. Lentement, mais sûrement. La place des Festivals a été aménagée pour l’occasion de façon à ce que le tiers nord serve de piste de danse en plein air. Deux cent et quelque danseurs amateurs et quelques professionnels ont pris part à ce projet de Sylvain Émard Danse imaginé comme le coup d’envoi de la 5e édition du Festival TransAmériques. Troisième et dernier soir avant une finale en après-midi dimanche, la représentation de ce soir prendra place dans une atmosphère où Dame Nature est un peu mélangée. Frais sans être froid, l’air est chargé d’humidité et provoque quelques bouffées de chaleur. Un répit après les millimètres de pluie qu’on a reçus depuis la fin de la semaine.

À quelques minutes de l’heure annoncée, le volume des hauts-parleurs est augmenté, la foule devient de plus en plus dense, on joue du coude, on tend le cou, on se hisse sur la pointe des pieds. Il y a quelque chose de magique, je trouve, de voir toutes ces personnes qui ont quitté le confort de leur chez-eux malgré la menace de la pluie qui plane toujours. Il y a quelque chose de magique, aussi, avec les éclairages et les fontaines de la place, toutes en couleurs. Enfants, jeunes, vieillards, groupes, couples : le public est hétérogène et démontre certainement qu’il y a un intérêt réel pour l’événement, que le spectacle a atteint son but premier : rejoindre un max de gens, « accessibiliser » la danse auprès de tous. Mission accomplie? À voir la foule qui s’entasse toujours plus sur la place des Festivals, je parierais bien 10 piastres que oui.

Sans qu’on s’en soit vraiment rendu compte, la grande porte du parking ouest de la Place des Arts est ouverte, et le public applaudit à la vue des danseurs. Ils défilent sans fin, un millepattes sur un mouchoir d’asphalte, en cadence, direction la piste. Hallucinant, comme ils sont nombreux! Ils prennent place, l’un après l’autre, les 200 et quelque, dans une lumière bleutée. Les hauts-parleurs crachent des vagues. Les danseurs oscillent en coeur, de gauche à droite. Ressac. Mer. Puis, la musique, le beat, embarquent.

Fabuleux. C’est un bel exercice public, tout en simplicité, en sincérité. De ce genre d’activité qui met Montréal sur la map. De ce genre d’initiative qui me rend fière d’être Montréalaise.

Les quelque 30 minutes du spectacle auquel on assiste sont constituées de plusieurs numéros chorégraphiques parfois loufoques, toujours en rythme, mais entrecoupés de moments plus smooths, parfois à la limite de l’ésotérique. Twist, set carré, moderne, jazz, samba, salsa, swing, name it, les danseurs ont tâté de tout, pendant les deux mois de répétitions qui ont mené à l’événement. Et le silence respectueux qui règne au sein du public me sidère.

Ça y est : nos 200 et quelque amis dansants se font face, en deux groupes. Ils alternent, se répondent, se confondent, se collisionnent. Et tombent. Avant un délire en duo. Avant l’arrivée du doyen des leurs, qui vient se défoncer avec eux. Avant qu’ils aillent tous les trois réveiller le reste de la troupe pour un nouveau numéro. Et pas n’importe lequel : celui au cours duquel les fontaines s’en donnent à coeur joie. Elles dansent, elles aussi. Et les lumières également. C’est un blues. Langoureux. On a envie de se coller. Ce qu’ils font, là, devant, parmi les fontaines. « Ça ressemble à du Janis », dit mon voisin de gazon. Je m’excuse, je n’ai pas fait de recherches, ça me tentait pas.

En synchronicité avec le rythme, les jets percent la place des Festivals, tentent d’atteindre le ciel, bas, ce soir. Les têtes des danseurs battent la mesure. C’est de plus en plus lascif…

Et hop! On change de rythme!

Et on a hâte d’aller les retrouver, à la fin de la performance (sic). Pour des non professionnels, danser de même pendant une demi-heure, c’est tout un exercice!

Des fois, la musique qui torpille devient lancinante, puis hallucinante, avant de devenir hypnotisante et frénétique. Les fontaines crachent de plus en plus haut, le rythme s’accélère en conséquence… Les vestes en paillettes silver, les chapeau de cowboy, les t-shirts multicolores, tout ça est beau, franchement beau, et pis on se retrouve tout à coup dans un rave en plein coeur du centre-ville… Ça saute! Ça frétille! Fontaines, lumières, danseurs, public. Ma-la-de.

Merci. C’était ben bon.

 

(Article paru sur 33mag.com)

Des feux dans la nuit

Avant toute chose, sachez que je n’écrirai pas, ici, de critique. Je n’ai pas ce qu’il faut pour. Sachez que je ne me prétends nullement experte en la matière, quelle qu’elle soit. Je ne suis spécialiste de rien. Mais sachez que, dans une autre vie, j’ai dansé moi aussi. Et dans une autre encore, il m’arrive (ou m’arrivera) d’écrire. Cela ne fait pas de moi une voix appréciable. L’accord des deux ne présuppose (prédispose ?) pas le (au ?) bagage nécessaire à l’exercice de la critique. Bon, assez. Je suis une néophyte, c’est tout.

Me voici parmi l’intelligentsia de la danse montréalaise. Ça n’est pas ma place. Who cares? Privilégiée, je suis. Curieuse, aussi. Excitée et nerveuse, comme Marie Chouinard, assise à côté de moi.

Noir. Halo lumineux sur le piano. Droit.

Arrivée du compositeur et pianiste Rober Racine. Premières notes.

Comme une berceuse. Mais dans le rythme. Stressante. Comme un film d’épouvante, finalement. Non, un suspense. Puis, plus rien.

Deuxième halo lumineux.

Le danseur, Manuel Roque s’amène. Sérieux. Rigide.

Il ouvre le bal. C’est un (gyro)phare humain.

Une bande métallique orne sa tête, à la verticale, de son front au sommet de son crâne. Il ne bouge que ça, son ciboulot, de gauche à droite, dans la lumière, dans le silence.

Les gestes se dessinent, s’emboîtent peu à peu, saccadés, découpés. À trancher au couteau.

Les notes, martelées, porteuses d’angoisse.

Le tout est précis, brusque, bouleversant.

La musique, oppressante, et le corps, sublime. Unis dans un staccato libérateur.

C’est précis, concis, dense.

Puis, le retour du silence, la venue d’une lumière plus chaude, moins brute.

Plus rythmées sont les notes aussi, en accord avec les pieds du danseur, qui piétinent le sol.

Il dégouline, ce danseur. Ça ruisselle de partout sur son torse hallucinant, ça coulisse dans son dos magnifique, ça laisse des traces sur le plancher.

Le piano est vif, le danseur, muscles.

Tout est question de contrôle, de minutie. L’exactitude est reine, ici.

Le corps est un outil. Qu’on mâte, qu’on maîtrise.

Le corps est un matériau.

Marie Chouinard est sculpteure.

Rober Racine, audacieux.

Manuel Roque, performeur extraordinaire.

Un tour de force ?

Des feux dans la nuit

Théâtre La Chapelle

du 10 au 14 et du 17 au 21 mai

supplémentaires du 24 au 28 mai

20 h

 

(Article paru sur 33mag.com)

Critique : Manhattan Medea

Il est de ces mythes fondateurs.

Grandioses. Torturés. Sublimes. C’est là toute la force de la tragédie grecque.

Il est de ces théâtres.

Originaux. Innovateurs. Porteurs. C’est là toute la force du théâtre qui se fait ici, chez nous.

Il est de ces entreprises.

Courageuses, osées.

Mais il est aussi des échecs.

Cuisants ou pas, néanmoins des échecs.

Prenons une recette. Elle porte pour nom : Médée. Elle porte en elle un passé riche en interprétations de toutes sortes, qui lui ont plus ou moins réussi, au gré des époques. Médée, donc, qui vient avec un mode d’emploi initial. Les ingrédients, toujours les mêmes, sont difficiles à remplacer, à imaginer autrement sans risquer de trop l’altérer. Il existe cependant des possibilités d’innovation. Remplaçons, par exemple, tel ingrédient par tel autre, allons-y dans le désordre et modifions l’ordre d’intégration de chacun. Laissons tomber quelques constituants principaux et augmentons les quantités de tel ou tel composant. Dans un grand théâtre contemporain, mélanger jusqu’à obtention d’une substance hétérogène. Attendez. Laisser agir quelques minutes. Enfourner. Si le gâteau ne lève pas, il est probable que l’altération des ingrédients originaux ait gâché la recette.

Le mythe de Médée est complexe. Poignant. Lourd. Peu importe comment on l’arrangera, il le sera toujours. Ce que Denise Guilbault a au moins réussi à transmettre. Et même davantage : un inconfort, oui, mais pas causé par la pièce elle-même. Surtout par ce qu’on en a fait. Là s’arrête donc sa réussite. Tout le reste, ça n’a pas levé ; c’est un gâteau plat, une galette, une crêpe fadasse et sans garniture qu’on a de la difficulté à se laisser de plein gré fourrer dans la bouche, avaler, puis digérer. On a l’impression de s’être un peu fait avoir par le sujet : qui traite de Médée ne peut pas le faire à la légère.

Médée, son frère et son mari Jason quittent leur terre natale en guerre pour de nouvelles contrées. Ici : New York. À bord du bateau qui transporte les immigrants clandestins, un drame se joue : Médée, enceinte, collabore au meurtre de son frère. Puis, la fratricide et son époux mènent une vie de sans-papiers dans la Grosse pomme jusqu’à ce que Jason s’en lasse et décide d’épouser une jeune et jolie fille de riche, emportant avec lui leur fils. Médée, impuissante, tentera à tout prix de récupérer homme et enfant. Sans succès. Elle se fera le bras de la justice.

Une pièce antique réactualisée, proposée dans un univers moderne, ne peut trouver son sens dans une langue vieillie, désuète. Une pièce où l’action se déroule dans Manhattan, avec des personnages qui sont des immigrants clandestins, ne peut avoir de poids si on ne croit pas à l’étrangeté de leur présence en ces lieux. Et ça passe par la langue. Qu’on devrait sentir différente de celle des protagonistes new-yorkais, mais teintée d’expressions, tout de même, de la couleur de leur ville adoptive. Autrement dit : un texte, aussi puissant soit-il dans sa langue originale (en l’occurrence, l’allemand) peut-il avoir du poids en français normatif dans le contexte qui nous intéresse ? Non.

L’excellent Manhattan Medea imaginé par l’Allemande Lea Doher, maladroitement mis en scène par Denise Guilbault (« reconnue pour sa rigoureuse et sensible direction d’acteurs[1] »…) et porté par une Geneviève Alarie too much n’est autre que décevant.

C’est long avant qu’on y croie. Ou plutôt, c’est long avant qu’on se convainque que ce n’est pas grave, de ne pas y croire. Ou même, c’est long avant qu’on s’habitue à ne pas y croire pour essayer de voir le reste. L’effort, tout de même, y est.

La Médée d’une Geneviève Alarie ordinaire s’enfarge dans son texte à plusieurs reprises dans les premières minutes de la pièce. Vous lisez un roman, l’incipit est bourré de fautes en plus d’être mal construit. Vous continuez de le lire, vous ? Ça ne vous embête pas ? Ça ne vous fait pas décrocher du texte, de l’histoire ? Ça ne vous reste pas pris en travers de la gorge jusqu’aux dernières lignes ?

Son vis-à-vis lui est au moins égal : on a affaire à un Jason hésitant, inconstant, confus, instable qui ne rend pas hommage au personnage du mythique Argonaute. Le Vélasquez de Paul Ahmarani, lui, est bien inutile, vain. À l’opposé, la Deaf Daisy de Didier Lucien éclipse tout le reste. Tellement flamboyante, qu’on dirait qu’elle vient d’ailleurs, d’un autre monde, d’un autre texte, d’un autre contexte. Elle prend toute la place, allège le récit, mais confirme l’incohérence du reste : comment un personnage sourd qui lit sur les lèvres peut-il converser avec son interlocuteur sans le regarder en face ?

La trame sonore, on ne la comprend pas. Elle survient un peu n’importe quand, elle ne soutient rien dans l’évolution dramatique de la pièce. Jazzy, à la Twin Peaks, d’accord ; on aime. Mais pourquoi ? À quoi sert-elle ? Elle survient, donc, un peu n’importe quand. Puis elle s’estompe, de façon tout aussi impromptue. Quand elle ne couvre pas tout simplement les répliques des acteurs.

La scénographie est simple, mais évocatrice. Simpliste ? Peut-être. Les cotes de la Bourse, les deux tours ; c’est assez pour faire comprendre à n’importe qui que la pièce se déroule à New York, comme si le titre ne faisait pas déjà le boulot de ce côté-là. Et l’eau en avant-scène, c’est quoi ? L’Hudson ? Un aménagement paysager sur le terrain du richissime Sweatshop-Boss (Germain Houde, surprenant d’authencitié) ? L’Atlantique traversé par Médée, son frère et Jason ? Ça sert à quoi ? C’est là pourquoi ?

Le texte est fort, lourd, tendu. Rigide sans être hermétique, toutefois. Comme le mythe. Mais à trop vouloir le rendre réaliste sur scène, ça a l’effet inverse : on n’y croit pas du tout. C’est tout sauf naturel : on sent la récitation ; on s’ennuie de l’interprétation. Comme un orgasme avorté : on sent que ça s’en vient, que c’est là, mais ah, non, finalement, il n’en est rien. Une tension vraie, palpable, indéniable, mais qui ne se relâche jamais, qui n’aboutit pas sur la résolution du conflit, sur la finalité de l’œuvre, son but. On attend le coup d’éclat, le climax, l’apothéose. Mais ça fait même pas le pshhhtttt d’un pétard à mèche. Le genre de recette ratée, quoi. Où, quand on plante le cure-dent dans la pâte, il reste toujours des résidus pas assez cuits, quoi qu’on fasse. Malgré l’effort, la tentative, la bonne volonté, il manquait peut-être un peu de poudre à pâte Magic.

 

(Article paru sur 33mag.com)

[1] Extrait du document sur Manhattan Medea préparé en mars 2011 par l’équipe du Théâtre Espace Go (page 3).

Vendredi, 5 heures et demie, ou comment espionner le voisin

Shit.

Je reviens de faire quelques courses banales. Dans mes sacs : des trucs pour mes cours, de la terre, 4 nouvelles plantes, de l’encens, des capotes, des linges secs de Swiffer… Je pitche tout ça pêle-mêle sur la table de la cuisine.

Je viens allumer mes petites lampes dans les (trop) nombreuses pièces de mon (super) nouvel appart, et qu’est-ce que je vois pas, par la fenêtre de mon bureau? Une autre fenêtre. La fenêtre d’une pièce avec lumière allumée. Et dans la fenêtre de la pièce avec lumière allumée, il y a un mec. Qui me fait dos, mais qui visiblement hésite devant son armoire à linge. Ah, il semble s’être décidé. J’ai pas vraiment le temps de m’en rendre compte, mais oh! il n’a plus de chandail. Quel dos…! Et il se balade, dans la pièce à la lumière allumée, en plein dans ma face, torse nu, les jeans à moitié détachés (non mais scuzez, j’ai un faible, moi, pour les beaux bruns en jeans et peau)…

Inquiétez-vous pas, j’ai déjà pensé à éteindre la mienne, de lumière. Hein, oh. Pas que j’aie l’habitude d’espionner mes voisins, mais quand même, un peu de discrétion, eh. Et moi de m’élancer au travers de l’appart, pour voir qu’elle vue j’avais de la fenêtre de ma chambre. Au passage, je me trucide un orteil sur la laveuse, je m’étire pour éteindre la lumière de la cuisine, qui me trahirait de la fenêtre de ma chambre, je constate, donc, que je vois pas grand-chose de plus et, qui plus est, que monsieur-le-voisin-à-moitié-nu-devant-sa-fenêtre disparaît de mon champ de vision. Je me repitche dans le passage, atterrit devant la fenêtre de mon bureau et il réapparait soudain, le petit maudit. Et moi, ben chu toute essouflée, là, hein. Que d’émotions!

Faque le mec, là, il revient vers son armoire à linge, ne fait ni une ni deux, et vlan, les culottes à terre, toi! Mais qu’est-ce que j’aurais pas donné, moi, pour avoir une paire de jumelles là là! Sauf que. Sniff. Bouh. Chnu. Sa fenêtre là, de sa pièce allumée là, ben elle est comme séparée en deux, et ça coupe la fenêtre en haut et en bas. Faque. Ben tout ce que j’ai pu voir, de ma fenêtre de bureau comme de ma fenêtre de chambre, parce que hein, je continue de courir entre les deux pièces, juste pour être sûre, ben c’est ce qu’il y avait en haut de la séparation. Et en bas de la séparation. Rien de ce qu’il y avait entre. Sniff. Bouh. Chnu.

Shit.

Un (autre) lundi midi à l’épicerie

Quand je suis entrée dans mon marché Métro lundi, j’ai tout de suite pensé : « Mais c’est lundi! Il va sûrement m’arriver quelque chose en faisant mes courses, c’est écrit dans le ciel. »

Du nouveau cependant cette fois-ci : je n’étais pas seule, ma soeur m’accompagnait. Déjà, faire l’épicerie à deux, quand l’autre n’est pas du tout concerné par les achats et que tu t’empresses de tout foutre dans ton panier parce que tu te dis que ça doit donc être plate, d’accompagner quelqu’un d’autre et de ne pas avoir son mot à dire sur les produits, entre autres, ça part mal. Mais ma soeur en rajoutait en pestant contre la chèreté des choses, contre l’absence d’une section de produits bios adéquate (celle de mon Métro fait environ 2 pieds sur 3, c’est tout dire combien les Hochelagaïens mangent bio…), contre la clientèle, etc. Et moi, j’en rajoutais. Tout pour passer un moment agréable, quoi. Et pis il y avait foule, à mon épicerie Métro, ce jour-là.

À la caisse, évidemment, on change de comptoir, parce qu’on se dit : « Eh eh! Celui-là a presque fini, mais celui en arrière a un panier full. Alors passons à celle d’à côté, où la madame et son obèse de mari vont faire craquer le tapis roulant sous le poids de leur festin, mais derrière lesquels il n’y a que nous. »

Malheur! Tous les articles sont scannés. Monsieur emballe les victuailles. Madame s’étonne de la quantité de bouffe qu’elle a achetée. Et madame la caissière.

Madame la caissière, qui pose la question fatidique : « Avez-vous votre carte Métro? »

Et vlan.

Ç’en est fait de mon lundi midi à l’épicerie. Parce que vous savez, ladite caissière, elle se fait un devoir, un point d’honneur d’expliquer la carte Métro en long et en large à la madame au festin. Pendant ce temps-là, ma crème glacée fond, moi je bous et la cliente derrière moi trouve ça ben ben drôle, elle.

Un blogue ne sert à rien si on ne l’alimente pas, hein.

Faque je vais bien finir par écrire un petit quelque chose, sûrement d’ici quelques jours, quand je me serai posée.

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